{"id":1488,"date":"2011-11-19T21:56:15","date_gmt":"2011-11-19T20:56:15","guid":{"rendered":"http:\/\/www.gutron.fr\/nicolas\/?p=1488"},"modified":"2020-02-29T22:16:07","modified_gmt":"2020-02-29T21:16:07","slug":"si-nexiste-pas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.gutron.fr\/nicolas\/si-nexiste-pas\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Si\u00a0\u00bb n&rsquo;existe pas"},"content":{"rendered":"<p>Il fallait qu\u2019il \u00ab L \u00bb\u2019attrape. C\u2019\u00e9tait une question de vie ou de mort. Il ne devait plus \u00e9chouer. Heureusement Georges avait \u00e9t\u00e9 sportif \u00e9tant jeune ; et il avait toujours su conserver une bonne forme physique. Il \u00ab La \u00bb vit entrer dans un immeuble, par la porte d\u2019entr\u00e9e que poussait avec beaucoup de peine une vieille dame. Il s\u2019y engagea sans h\u00e9siter, lui et ses larges \u00e9paules, bousculant la malheureuse qui passerait la soir\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00f4pital au lieu de pouvoir g\u00e2ter son petit-fils. \u00ab Elle \u00bb se d\u00e9pla\u00e7ait vite, mais Georges donnait tout ce qu\u2019il avait en lui pour ne pas \u00ab La \u00bb perdre de vue. Seule une respiration plus rapide et sonore trahissait sa quarantaine entam\u00e9e. Il grimpa les marches de l\u2019escalier quatre \u00e0 quatre, jusqu\u2019au cinqui\u00e8me \u00e9tage et atteignit la porte du toit, qui venait tout juste de se refermer. Par chance elle s\u2019ouvra sans broncher. Ne pas \u00ab La \u00bb laisser s\u2019\u00e9chapper. \u00ab Elle \u00bb \u00e9tait son unique solution, son tremplin vers sa r\u00e9demption. Il le savait. \u00ab L \u00bb\u2019attraper, c\u2019\u00e9tait sa seule option. Pas d\u2019alternative. Il s\u2019\u00e9lan\u00e7a sur la courte distance qu\u2019il y avait entre cette porte et le bord du toit, bouscula s\u00e8chement un jeune homme pas bien grand que son champ de vision n\u2019avait pas remarqu\u00e9, et termina par un magnifique plongeon sur \u00ab Elle \u00bb.<\/p>\n<p>Mais tout ce qu\u2019il attrapa, ce fut le vide, suivi de tr\u00e8s pr\u00e8s par le toit d\u2019un grand monospace.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p>Arnaud tente de se relever. Sans succ\u00e8s. Le choc a \u00e9t\u00e9 brutal. Et son mal de ventre le cloue au sol. Ses hallucinations se sont calm\u00e9es, et il profite d\u2019un court r\u00e9pit &#8211; sa douleur semble s\u2019\u00eatre absent\u00e9e &#8211; pour hisser ses soixante kilos sur ses deux jambes et avancer, en titubant. Il retourne vers la porte du toit, et l\u2019atteint avec difficult\u00e9. Il l\u2019ouvre et se retrouve dans la cage d\u2019escalier. Trois \u00e9tages \u00e0 redescendre. Mais pourquoi \u00e9tait-il mont\u00e9 jusque l\u00e0-haut ? Le changement de temp\u00e9rature le fait frissonner. Et il tombe \u00e0 nouveau. Il n\u2019est pas s\u00fbr d\u2019y arriver. Non, en fait, il est m\u00eame certain de ne pas en \u00eatre capable. Il s\u2019\u00e9vanouit.<\/p>\n<p>Sa douleur le r\u00e9veille, accompagn\u00e9e de vomissements et d\u2019une toux terrible. Il parvient tout de m\u00eame \u00e0 descendre un \u00e9tage. Il lui aura fallu du temps et des efforts douloureux. Il n\u2019en peut plus. Alors, \u00e9puis\u00e9, il s\u2019arr\u00eate au quatri\u00e8me \u00e9tage, pousse la porte coupe-feu, qui ne s\u2019ouvre pas. Soudain, sans qu\u2019il ne sache pourquoi, elle envahit ses pens\u00e9es. Elle \u00e9tait si douce. Alors, dans un effort surhumain qui l\u2019an\u00e9antit, il la pousse plus fort et se retrouve dans un couloir. Trois appartements. Trois options. Il vomit devant l\u2019une des portes, et du coup, s\u2019avance jusqu\u2019\u00e0 la suivante pour sonner. La porte s\u2019ouvre imm\u00e9diatement, et il a seulement le temps d\u2019apercevoir un homme aux cheveux courts et bruns, d\u2019une trentaine d\u2019ann\u00e9es, une valise cabine \u00e0 la main et une sacoche d\u2019ordinateur \u00e0 l\u2019\u00e9paule, avant de s\u2019\u00e9crouler \u00e0 ses pieds pour se vider encore une fois, inconscient.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p>Le SAMU \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9 depuis quelques minutes. Soudain, la porte d\u2019entr\u00e9e de l\u2019immeuble s\u2019ouvrit, et les secouristes en sortirent, portant un brancard. Un jeune homme p\u00e2le aux cheveux longs, de taille moyenne, s\u2019y trouvait allong\u00e9, inerte. Il ouvrait une paupi\u00e8re de temps en temps, et continuait \u00e0 vomir en s\u2019\u00e9touffant. Alain, qui suivait derri\u00e8re, \u00e9tait sous le choc. Son visage habituellement s\u00e9rieux \u00e9tait grave. Il en avait m\u00eame oubli\u00e9 ses bagages en haut, devant la porte de chez lui, qu\u2019il n\u2019avait m\u00eame pas pens\u00e9 \u00e0 refermer. A c\u00f4t\u00e9 du brancard maintenant vide, Alain \u00e9tait perdu dans ses pens\u00e9es. Les infirmiers avaient charg\u00e9 Arnaud dans le v\u00e9hicule gar\u00e9 en double file, portes arri\u00e8re grandes ouvertes. Le verdict des secouristes ne semblait pas d\u00e9finitif, mais cela faisait bien longtemps qu\u2019ils ne s\u2019\u00e9taient pas tromp\u00e9s. \u00ab Intoxication alimentaire \u00bb. Alain, derri\u00e8re la porte de la camionnette, c\u00f4t\u00e9 rue, avait l\u2019esprit en \u00e9bullition. Il ne parvenait plus \u00e0 concentrer ses pens\u00e9es. Il \u00e9tait t\u00e9tanis\u00e9 par ce qui venait de se d\u00e9rouler sous ses yeux. Son corps raidit par l\u2019\u00e9motion l\u2019avait abandonn\u00e9 pour un instant. Ses sens fuyaient. Il n\u2019entendit m\u00eame pas la sir\u00e8ne d\u2019une deuxi\u00e8me ambulance arrivant au loin dans la rue, qui fit un \u00e9cart pour \u00e9viter la porti\u00e8re ouverte et Alain juste derri\u00e8re elle. Quand un secouriste referma la porte, il lui fut impossible de r\u00e9agir \u00e0 la vue du camion qui suivait le v\u00e9hicule d\u2019intervention de tr\u00e8s pr\u00e8s, roulant vers lui \u00e0 vive allure.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p>Il est encore en retard. Cinq fois cette semaine. Il avait d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019il n\u2019y en aurait pas de sixi\u00e8me. Le trafic n\u2019y \u00e9tait pas pour grand-chose. Aucune gr\u00e8ve derni\u00e8rement. Plut\u00f4t \u00e9tonnant. Seulement un psychopathe qui le harcelait sur son t\u00e9l\u00e9phone professionnel. Depuis huit jours, c\u2019\u00e9tait des insultes, des mots doux, des menaces et des excuses qu\u2019il entendait la plupart du temps lorsqu\u2019il r\u00e9pondait \u00e0 son t\u00e9l\u00e9phone portable. Parfois masqu\u00e9, parfois diff\u00e9rent, il ne pouvait se permettre de ne pas prendre un appel qui pourrait \u00eatre important. Alors il d\u00e9crochait. A chaque fois. De jour comme de nuit. Il n\u2019en pouvait plus. Il dormait mal, et la sonnerie de son t\u00e9l\u00e9phone le stressait au plus haut point. Il avait finit par c\u00e9der, et demander \u00e0 changer de num\u00e9ro, mais on lui avait dit que ce ne serait effectif que dans une semaine. Son patron lui avait d\u00e9j\u00e0 fait remarquer les trop nombreux retards de livraison qu\u2019il avait eus r\u00e9cemment.<\/p>\n<p>Encore absorb\u00e9 par ses pens\u00e9es, il profita d\u2019une ambulance qui ouvrait la voie pour acc\u00e9l\u00e9rer et engager son camion derri\u00e8re elle. Cela lui permettrait de gagner cinq minutes. Peut-\u00eatre trois. La rue \u00e9tait \u00e9troite, et c\u2019\u00e9tait tant mieux : pas besoin de se soucier des pi\u00e9tons qui traversaient n\u2019importe comment ni des automobilistes gar\u00e9s qui quittaient leurs places sans pr\u00e9venir. L\u2019ambulance ralentit. Son t\u00e9l\u00e9phone sonne. Il sursaute, freine l\u00e9g\u00e8rement. Est-ce qu\u2019il r\u00e9pond ? Il le regarde vibrer dans l\u2019espoir de lire le num\u00e9ro d\u2019appel. L\u2019ambulance le distance de nouveau, alors il acc\u00e9l\u00e8re. Elle se d\u00e9porte sur la gauche, et il aper\u00e7oit au dernier moment le v\u00e9hicule du SAMU gar\u00e9 en double file face \u00e0 lui, \u00e0 droite dans la rue, ses portes arri\u00e8re ouvertes g\u00eanant la visibilit\u00e9. Il peut passer. Tout juste, mais il y a la place. Il serre \u00e0 gauche, ralentit encore. Le t\u00e9l\u00e9phone sonne toujours. Il y jette encore un coup d\u2019\u0153il, craintif. Les portes du SAMU stationn\u00e9 se referment, et il se replace plus confortablement dans la rue avant d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer, observant davantage son portable qu\u2019Alain debout dans la rue, immobile, silencieux, et dont le regard ne pouvait se d\u00e9tacher de l\u2019homme couch\u00e9 sur le brancard, mourant.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p>Georges n\u2019avait pas r\u00e9ussi \u00e0 \u00ab L \u00bb\u2019attraper. Mais il n\u2019avait pas rat\u00e9 la voiture. Il entendit son propre souffle, et en d\u00e9duisit qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas encore mort. Dans un dernier effort, il entrouvrit ses paupi\u00e8res. Tout ce qu\u2019il vit fut un camion roulant un peu trop vite, croiser un v\u00e9hicule stationn\u00e9, gyrophares allum\u00e9s, puis percuter de plein fouet un homme qui n\u2019avait pas eu l\u2019air de se rendre compte du danger. Et c\u2019\u00e9tait fini.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p>Il avait \u00e0 peine entendu les secouristes se parler entre eux. Arnaud avait tout de m\u00eame entendu les mots \u00ab intoxication alimentaire \u00bb. Les yeux encore ouverts, ce qu\u2019il vit le conforta dans l\u2019id\u00e9e que ses hallucinations avaient recommenc\u00e9. Un homme gisait sur le toit d\u2019une voiture, ensanglant\u00e9, au bout de la rue. Dans une position peu naturelle, il relevait ses paupi\u00e8res par intermittence. Et puis il ne les releva plus. \u00ab Putain de lait \u00bb pensa Arnaud. Et il tourna de l\u2019\u0153il, pour la derni\u00e8re fois.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p>Ce n\u2019\u00e9tait pas juste. Ni injuste. Aucun n\u2019avait fondamentalement mal agit, ou prit des d\u00e9cisions avec de mauvaises intentions.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait juste ce qu\u2019on appelait la vie \u2013 et la mort. Et s\u2019ils avaient pu connaitre le d\u00e9nouement de cette journ\u00e9e, peut-\u00eatre auraient-ils fait des choix diff\u00e9rents au cours des jours pr\u00e9c\u00e9dents ; pris d\u2019autres d\u00e9cisions. Mais \u00ab si \u00bb n\u2019existe pas.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Novembre 2011.<\/p>\n<p><em>Pour lire la suite de cette nouvelle de 40 pages, contactez-moi&nbsp;: <a href=\"mailto:nicolas@gutron.fr\">nicolas@gutron.fr<\/a> <\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il fallait qu\u2019il \u00ab L \u00bb\u2019attrape. C\u2019\u00e9tait une question de vie ou de mort. Il ne devait plus \u00e9chouer. Heureusement Georges avait \u00e9t\u00e9 sportif \u00e9tant jeune ; et il avait toujours su conserver une bonne forme physique. 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