Jouissances culinaires

*

Aucune ne l’avait rappelé. Ni une heure après, ni même un mois. Jamais. Pas une seule. Il se sentait maudit par les femmes. Humilié. Mais il ne leur en voulait pas. Après tout, profiter de l’autre un temps très court et s’en débarrasser ensuite était assez banal. Il était donc ce genre de mec qu’on prenait et qu’on jetait. Il fallait bien voir le bon côté : on le prenait.

En fait il n’avait jamais eu de mal à tomber les filles. Les garder était une toute autre affaire. Jouir et fuir. Oui, pourquoi pas. Cela lui convenait aussi. Un bon resto était toujours suivi d’une soirée à moitié consciente, à moitié déshabillée, chez elle ou dehors. Ou alors une invitation chez lui, avec un délicieux petit plat comme il savait en préparer, suivi d’un fondant au chocolat et hop au lit avec un supplément chantilly.

**

Dans la cuisine flottait un doux parfum de liberté. Comme si à partir de maintenant, tout pouvait arriver. Tout était possible. Presque permis. Le couteau à pain, posé à coté de la baguette entamée ce matin même. Légèrement grillé, une fine couche de beurre- demi-sel. Rien d’autre. Un divin petit-déjeuner. Déjà loin. Le planter dans son joli ventre, juste au dessous de son piercing. Juste une fois. Mais pas cette fois. Il avait toujours réussi à contrôler ses émotions ; maîtriser ses pulsions. Du moins en était-il persuadé. Pourtant, elle était différente. Elle pouvait le changer. Enfin, c’était ce qu’il pensait.

***

Tout a commencé par des tartines de Nutella. Un après-midi pluvieux. Temps de chien. Un bar paumé au milieu d’une ville perdue, quelque part en France. Il échange quelques mots avec une jeune fille. Quelques verres aussi. Des nus pieds à talons hauts, mais pas trop. Noirs, adorablement terminés par une touche de vernis sombre délicatement posé. Il sourit en pensant que cette séduisante attention a du lui valoir plus d’un rhume, à marcher la nuit dans cette région humide. Du sable, de la pluie – ah oui, des canards aussi. Plutôt pervers d’ailleurs. Une petite faim. Elle l’invite chez elle. Ils se retrouvent sur le canapé, après qu’elle ait apporté le pseudo repas gourmant. Plus loin dans la pièce, quelques toiles de peinture à l’huile. Des corps. Des ébauches. Elle est vêtue d’une robe marron foncé assombrie par quelques motifs géométriques blancs, juste assez courte pour dévoiler des bas noirs en laine. Il dévore ce goûter tout simple ; un vrai régal pour ses sens. Le pain bientôt ne suffit plus. Le malheureux pot est assiégé par une grande cuillère. Et deux bouches gourmandes. Deux langues, qui bientôt s’entremêlent, laissant la cuillère seule, pour l’instant.

(…)

Août 2011.

Pour lire la suite de cette courte nouvelle, contactez-moi : nicolas@gutron.fr

Leave a Reply